Le vieil homme dans son break: interview de Pasquier Cognacq
Après des romans, Pasquier Cognacq vient de publier aux éditions « Signe d’Opale » un recueil intitulé « le vieil homme dans son break et autres nouvelles ». L’ interview qui suit, où il révèle des secrets intimes qui l’ont poussé à écrire, donne un avant goût de sa réflexion à la fois simple et profonde, sous-jacente dans ses ouvrages.
Question: On vous connaît auteur d’un livre intitulé « le Secret, la renaissance d’un peintre » épopée historique — Van Eyck, Le bistre, La princesse du Portugal, Les Mystères du coffret d’argent… —, d’où vous vient ce goût pour la nouvelle ?
Pasquier Cognacq : J’aime assez par fainéantise les thèmes qui correspondent au cadre de la nouvelle. Qu’il s’agisse de textes brefs — une simple page — ou assez longs. Je compare volontiers ce genre littéraire à celui de la musique, des opéras en plusieurs actes. Pour moi, les nouvelles correspondent à des sonates ou à des lieders. Comme je voulais traiter un certain nombre de thèmes, depuis un certain temps j’écris des nouvelles au fil de l’inspiration. Il faut croire que le moment était venu. Je tenais à les rassembler.
Prenons par exemple la première nouvelle qui donne son titre à ce recueil : vous rencontrez un vieil homme au bout de sa solitude nomade, qui cherche sur un terre-plein de la pointe aux oies une fiancée, perdue de vue en plein conflit de la seconde guerre mondiale… Là, vous faites une découverte.
Laquelle ?
Pasquier Cognacq : Une découverte, pas tout à fait. Cette nouvelle, qui donne le titre à l’ensemble du recueil, est « en réalité » (c’est le cas de le dire) une interrogation sur ce que nous nommons « la réalité ». Notre vision de la réalité, tout compte fait.
Personnellement, je suis assez sensible à une réalité d’époque qui s’efface derrière toutes les nouvelles réalités technologiques. Celles de « l’@ quelquechose, l’@ machin ». Par mon éducation, j’ai eu cette chance de goûter à une culture classique : celle de l’expressionnisme littéraire. Et de la lecture du « Petit Nicolas ».
La frontière entre le réel et l’invisible est peut-être moins figée qu’on ne le croit. Le vieillard effectue ici son dernier voyage en break avant de prendre congé du monde visible. J’ai voulu traduire cela avec ce promeneur qui découvre au travers du « vieil homme » une réalité qui, sans qu’il s’en s’aperçoive au début, se situe à la lisière de l’ici-bas et de l’au-delà.
Dans, «La part de l’ange » vous laissez libre cours à votre imagination avec humour sur les fantasmes d’un … ange. A moins que ce ne soit aussi un clin d’oeil à un brasseur local ? L’humour est-il important dans votre écriture ?
Pasquier Cognacq : Oui, l’humour est important. Il est même vital. Je ne peux pas imaginer écrire un roman sans ces espaces d’humour. L’humour a cette capacité d’aborder des événements sombres et, en même temps, d’exprimer des sentiments profonds. Dans l’histoire de la littérature française, tout ce qui est classique est souvent teint d’humour : lisez Voltaire, et, plus près de chez nous, Charles Pigault-Lebrun *.
Comment définir l’écriture de Pasquier Cognacq ?
Pasquier Cognacq : Je veux avant tout qu’elle s’imprègne de l’énergie du théâtre. C’est un souffle original, qui sort de la réalité, qui sort du minimalisme littéraire. Ca, c’est mon pari à chaque fois. J’aime bien qu’on retrouve une identité de la langue telle que je la travaille avec cette présence de l’oralité. Il y a de ça dans « Abbot William, l’homme qui venait de nulle part » ** et dans ce livre-ci, avec les monologues de Laurence, la soeur de Florence.
J’aime bien quand les personnages parlent, comme dans « Trash » et quand ils se lancent dans de longs monologues comme dans « Dédicaces ». Et puis il y a des thèmes qui m’intéressent : ceux de la transmission, de la solitude, de l’envie, de l’humanité simple, de la spiritualité chez les personnages, du voyage initiatique … Ce sont des choses que j’interroge constamment.
Qu’est-ce que vous aimeriez que le lecteur retire de votre livre, hormis le plaisir de la lecture de votre livre ?
Pasquier Cognacq : Ah! … Mais, si vous retirez le plaisir, la lecture perd une grande partie de son intérêt ! … Bon, je dirai : le plaisir avant tout ! Mais, ce que j’aimerais beaucoup -- ce serait vraiment beau – c’est que le lecteur se dise, en fermant mon livre : « tiens, c’est fou tout ce qu’on peut faire avec un roman.
Ca ne veut pas dire que j’y crois dans la vie mais que le temps de la lecture, j’y ai cru sans problème ». C’est-à-dire qu’il y ait une « reconnaissance », une sorte d’adhésion entre un lecteur et mon livre. Moi, je crois qu’avec l’imagination, on peut tout se permettre, faire croire des tas de choses complètement loufoques et insensées !
Avez-vous d’autres projets d’écriture ?
Pasquier Cognacq : Trois autres romans ont commencé a s’installer en moi. Un premier, dit « de fiction réalité », dans un univers en proie au réchauffement climatique. Le second sera une fresque romanesque dans l’univers de deux mondes qui se sont côtoyés sans se confondre : la pêche et la métallurgie. Sur fond historique. Le troisième, je l’écrirai avec l’oeil gauche. Parce que l’oeil gauche a la particularité de voir les choses cachées derrière celles que nous montre l’oeil droit … Toute mon enfance, je l’ai vécue avec mon oeil gauche, alors que les adultes vivaient dans un oeil droit qui refusait mon oeil gauche.***
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Notes:
* Aventurier, écrivain et dramaturge français, né à Calais en 1753 et mort à la Celle Saint-Cloud en 1835. Il fit ses études à Boulogne-sur-mer.
** roman de Pasquier Cognacq.
*** Ce recueil de nouvelles de Pasquier Cognacq peut être commandé aux
Editions « Signe d’Opale » 104 Impasse du Puits 62250 BAZINGHEN
Tél:03 21 33 29 23 & 06 82 44 10 26 Prix: 10 euro





